Un Paese di Calabria

[Pour en savoir plus sur la chronique “Cineparadiso” par Irene Fodaro]

Un paese di Calabria – Film projeté par Amnesty International au cinéma Eden

Voir un film sur la Calabre a été fort, riche en émotions.
Je ne me suis jamais sentie calabraise et pourtant mon père vient de là-bas, cette région qui n’apparaît pas parmi les premières destinations des Français en Italie : « C’est la pointe ou le talon ?» me demande-t-on souvent. Mais moi non plus, je ne crois pas vraiment connaître cette région au-delà des quelques souvenirs de vacances passées sur ses plages chaotiques et bondées.

Une région perçue comme hostile, immobile, enfermée entre les rochers abrupts de ses montagnes et les vagues blanches recouvrant ses plages.

Mais en réalité, la Calabre bouge toujours. Ses habitants ont émigré en masse depuis la fin du XIX siècle souvent vers des pays lointains et exotiques. L’oncle de mon père, par exemple, était parti en Argentine. D’autres fois, ils ont cherché fortune dans des pays voisins comme la France. L’accueil n’a pas toujours été des meilleurs : « Interdit aux chiens et aux Italiens » lisait-on souvent à l’entrée des magasins.

Pas toujours compris, les calabrais restent un peuple réservé, souvent silencieux malgré la puissance enrouée de son dialecte qui ressemble tant à l’arabe. Aujourd’hui, ce silence appartient à la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise, qui ravage la région et son incroyable patrimoine sans faire trop de bruit.

Il y en a pourtant qui ont réussi à faire du bruit, à lever leur voix et à se faire entendre une fois pour toutes. Le documentaire « Un paese di Calabria » le prouve. Quelques maisons construites sur une montagne, à pic sur la mer, Riace est le nom de ce village dont le film nous parle, dont il veut nous parler pour nous faire connaitre une réalité qui risque trop facilement de nous échapper.

Un village au premier abord anonyme, suspendu entre le ciel et la mer, on dirait presque qu’il devrait tomber et disparaître d’un moment à l’autre. Et il risquait vraiment de disparaître, ce village quitté année après année par ses jeunes habitants cherchant d’autres possibilités ailleurs. Et pourtant, Riace et sa population ont prouvé qu’ils avaient énormément de possibilités à offrir.
Un jour, un bateau arrive sur la côte de Riace. Sur ce bateau, 200 kurdes ayant voyagé pendant des jours en mer, sans eau ni nourriture, cherchent un endroit pour rester. Certains pour toujours, d’autres sont là de passage.

Comme après un long sommeil sur une plage déserte et ensoleillée, Riace se réveille animé par une chaleur humaine qu’il avait lentement oublié. Face à une telle surprise, le village ne reste pas immobile et déchaine toute sa vitalité. Poussé à se réinventer, les habitants collaborent pour relancer le commerce et surtout les écoles qui, enfin, peuvent accueillir des élèves. L’accueil devient spontané et l’intégration se fait doucement mais efficacement, au rythme de la nature qui abonde tout autour. Au fil des années, les migrants cherchant refuge à Riace sont toujours plus nombreux. C’est un véritable cadeau.

La religion devient un point central de rencontre et d’échange. À l’Eglise, à l’occasion de la fête des Saints protecteurs du village, les calabrais et les migrants prient dans leur propre langue et restent en silence pour écouter les autres. Tout reste très simple mais en même temps très fort. D’ailleurs, le respect vient de la simplicité.

Les références à la mafia sont présentes mais subtiles. Le maire de Riace, héros de l’histoire, explique à quel point l’action collective est importante pour que les choses changent. Riace est l’un des très peu communes dans la région qui s’opposent ouvertement à la ‘Nndrangheta. La victoire du maire aux élections soutenue par les migrants assume donc une signification toute particulière. C’est comme si la Calabre embrassait à nouveau son histoire d’exode pour agir cette fois en tant que terre d’accueil et de solidarité. Les pas à faire restent nombreux, mais Riace en fait de plus en plus depuis que des familles entières de migrants ont commencé à peupler ses maisons jusque-là abandonnées.

Après les résultats des élections tout le monde descend dans les rues. C’est un jour de fête où calabrais et migrants peuvent célébrer et chanter ensemble au rythme de.. Uno, due, tre, quattro, cinque, dieci, cento passi…[1]

[1] « Les Cents Pas », chanson du groupe italien « Modena City Ramblers » à la mémoire de Peppino Impastato, jeune journaliste sicilien assassiné par la Mafia en 1977

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