Une «décennie japonaise»?

Par Clément Emine

La zone euro n’en finit plus des crises. De crise financière à crise de la dette, jusqu’à ce qui semble être une crise économique aujourd’hui, la zone euro ne semble plus sortir de ce marasme économique ambiant depuis 2009.

Si le taux de chômage a enfin baissé ce mois-ci dans la zone euro (une première depuis 2011!), celui-ci reste à un niveau insoutenable de 12,1% de la population active. Chômage d’autant plus insoutenable en Grèce ou en Espagne, avec plus du quart de la population active sans emploi. Ce sont plus de 19 millions de personnes au chômage qu’Eurostat relève aujourd’hui. Côté croissance, la situation ne semble guère plus réjouissante: la zone euro ne semble toujours pas remise de la «Grande Récession» de 2009:

en récession depuis 2 ans, elle est la seule grande zone économique n’ayant pas pris le chemin du retour vers la croissance.

Les Etats-Unis, bien qu’aussi sévèrement touchés par la récession en 2009, ont retrouvé de la croissance depuis.

La zone euro n’est-elle pas en train de se diriger vers une scénario «à la japonaise»? En effet, après le miracle économique japonais et son incroyable expansion, les années 1990- 2000 furent difficiles pour l’économie japonaise, avec une croissance très faible pendant 15 ans et un chômage important et durable. A regarder les chiffes européens, les symptômes semblent être présents. Hormis une Allemagne en forme et certains pays membres du Nord, la zone euro et ses 5 années de crise semble aller vers ce scénario.

De plus, on relève un certain nombre d’aspects communs de l’économie européenne avec l’économie japonaise des années 1990-2000. Tout d’abord, une demande faible qui semble très difficile de relancer, et ce même en Allemagne. Les deux cas ont du faire face à un secteur bancaire très fragilisé et à un endettement fort (l’Etat japonais est l’Etat le plus endetté au monde, à hauteur de 200% du PIB_!). De même que le yen fort a pénalisé l’économie nippone, l’euro fort semble être un poids pour certains pays de la zone euro (principalement les économies du sud moins exportatrices).
Enfin, la principale inquiétude à avoir quant au scénario japonais est le phénomène de déflation. C’est la bien la crainte déflationniste qui anime la BCE, qui vient tout juste de baisser son taux d’intérêt à un niveau proche de 0%. Dans une situation de déflation, l’extrême faiblesse de la demande amène peu à peu les prix à baisser. Si cela nous paraît positif à première vue, la baisse des prix conduit les entreprises à baisser les salaires, affaiblissant encore plus la demande. Or, en Europe, le niveau d’inflation globale est faible depuis de nombreux mois. Si l’Europe venait a entrer en déflation, les conséquences pourraient être dramatiques: les entreprises, notamment françaises, se verraient encore plus en difficultés et il est probable que le chômage repartirait à la hausse.

Toutefois, la déflation ne semble pas encore à notre porte, les prévisions de croissance pour la zone euro étant à nouveau (plutôt) positives. On peut espérer une reprise de la demande en Europe pour éviter le scénario japonais des années 1990. Certaines mesures vont dans ce sens: l’annonce cette semaine de l’instauration d’un salaire minimum en Allemagne peut être une bonne nouvelle pour alimenter la demande outre-Rhin.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *