UNE ORTHOPÉDIE ÉCONOMIQUE POUR LA PLANÈTE

@Elia Meschin

Victoria Bruné

Jacques Chirac martelait naguère, “la maison brûle et on regarde ailleurs”. Emmaillotés dans les toges prétextes de la veulerie et un pompeux nuage d’apparat, nos gouvernants dénient la réalité de ce train fou économique charriant dans son sillage une déferlante de contrecoups funestes, qui percutent de plein fouet la planète.

En dépit de la “bonne volonté” pendue aux façades des pouvoirs, l’urgence environnementale est continuellement sacrifiée sur l’autel des intérêts économiques huilant l’Échidna capitaliste-néolibérale. En témoigne l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le MERCOSUR dont les normes sont peu scrupuleuses envers l’environnement. En témoigne l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada (CETA), qui accorde, entre autres, aux multinationales le droit de jeter l’anathème sur les États à contrecourant de leurs intérêts. Il en est de même pour ce qui concerne la Commission Schuber qui vient étayer ces inquiétudes, soulignant que le climat y est le “grand absent”. Nos gouvernants, parabalanis au service de la sainte-croissance, demeurent sourds et aveugles aux signaux d’alerte des citoyens et des dérèglements
de la planète,
théâtre de bouleversements inexorables. En attestent le mois de juin 2019, le plus chaud de la planète ainsi que la hausse de la température du globe, +1,1°C depuis l’ère préindustrielle, selon le GIEC.

“Mais la croissance (ou les emplois) d’abord” osent-ils, justifiant leur servitude volontaire au capitalisme-néolibéral, aux lobbys et aux autres puissances d’argent. Ils s’obstinent en traînant aux gémonies les citoyens éclairés, sous le chef d’accusation de catastrophisme pour se dédouaner et préserver leurs propres intérêts au mépris de la raison. À se demander, tout comme le pointait Hegel, si l’État ne serait pas une somme
d’intérêts privés.

Le train fou capitaliste-néolibéral progresse à très grande vitesse, au prétexte d’incommensurables et chimériques promesses d’emplois, un véritable non-sens sur le long-terme. “Une société de croissance est le contraire d’une société d’abondance”. Comme le déclarait le philosophe Jean Baudrillard dans La société de consommation, portraiturant ainsi un monde retenu en otage et captif des serres purpurines de la machine capitaliste-néolibérale. La réalité d’un monde où les États, pourtant garants du bien public, se font les serfs d’un système économique qui assaille, tue, vole, oppresse au profit d’un microcosme obnubilé par l’argent. Un rapport d’Oxfam tire la sonnette d’alarme, faisant le constat sinistre des 82% des richesses retenues par 1% des plus riches de la planète. L’hypermondialisation des économies a accouché d’un prolétariat de laissés-pour-compte condamnés à manger des briques. Pour autant, une partie se regimbe en accordant leurs suffrages à des prophètes démagogiques qui prêchent un grand soir protectionniste et des lithopédions identitaires. Y a-t-il un sens à cultiver du profit qui alimente un système faisant de notre existence une peau de chagrin ? Selon l’ONU, 80 millions d’emplois pourraient disparaître sous les outrages du réchauffement climatique.

Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors le visage pâle s’apercevra que l’argent ne se mange pas

Sitting Bull


Le danger n’est plus sous-jacent. Il est manifeste et immédiat. Au regard des ravages impitoyables de l’Échidna capitaliste-néolibérale, adopter un système économique social et solidaire, relève d’une nécessité vitale. Il est crucial de changer de paradigme, mettant la planète au cœur des politiques prônant une orthopédie économique prévenant les dérives d’une économie dérégulée. De même, prendre le contre-pied de la loi du plus fort, loin de la frénésie libre-échangiste, est un défi à relever.

Le rôle protecteur des États demeure en ce sens une priorité. C’est l’essence même de l’existence de l’homme pour briser les chaînes et s’affranchir des puissances d’argent. Il y a lieu de refuser l’inacceptable, de s’insurger contre une machine exaltant l’austérité étrangleuse au détriment de la santé sociale des populations. Programmer des lois environnementales équitables et ambitieuses (tel l’arrêt des subventions aux énergies fossiles ou le renforcement du financement de la transition écologique), relève d’un impératif absolu pour la planète dont le pronostic vital est engagé.

Il y a sur cette terre des fléaux et des victimes et il faut, autant qu’il est possible, refuser d’être avec le fléau

Camus

Suivre ce mantra relève d’un devoir moral, pour un modèle économique équitable et salutaire pour le futur.

Cet article fait partie de l’édition spéciale réalisée en collaboration avec Environnementon

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