Un rôle, une voix : trois opinions sur la crise européenne des réfugiés

Students facing carabinieri after the Ventimiglia No Borders camp was destroyed on September 30th 2015. Credits: Jacquelyn Rudich

Depuis le début de l’été 2015 jusqu’à sa destruction le 30 septembre, le camp No Borders de Vintimille, situé à moins de deux kilomètres de notre campus, a soulevé autant d’émoi que de malaise parmi les étudiants. Une petite communauté de réfugiés principalement venus du Soudan et d’Érythrée et de militants No Borders, soutenus par des bénévoles ainsi que des citoyens français et italiens s’y était spontanément établie, campée entre deux pays dont la frontière ne devrait même pas exister. Mais quel regard porter sur cette crise, lorsque ses différents acteurs adoptent des discours antagonistes, voire contradictoires ?

Le Zadig vous propose un tour d’opinion des différentes opinions sur la crise européenne des réfugiés, à travers les voix de trois acteurs situés à différents échelons de de cette crise – militant, local et européen.

Par Jacquelyn Rudich and Nesma Merhoum

Remerciements à Alix Burgun, Ana Caldeira Beels and Ella Carmi.


Alfredo – militant No Borders

Interview par Jacquelyn Rudich et Nesma Merhoum

Que s’est-il passé le 30 Septembre?

A 5h du matin, vingt fourgons de police, les Carabinieri qui est la police militaire, sont arrivés depuis la France. A 5h30, il faisait encore sombre quand ils ont pris position sur les rochers et ont commencé à détruire les tentes. Ils ont détruit tout le matériel donné ou acheté par l’argent qui nous a été donné. Ils ont tout arraché et pris la nourriture qui restait, heureusement qu’un peu d’eau a été sauvé. Nous avons dû battre en retraire vers la mer, où nous avons été maintenus pendant douze heures sans recevoir à manger ou à boire. Ils ont même interdit l’accès aux habitants solidaires qui sont arrivés avec de la nourriture. Notre avocat ne s’est pas montré avant 17h.

On avait la force de rester plus longtemps, les migrants voulaient rester plus longtemps, ils voulaient résister. Ce qu’ils disaient était très impressionnant:

“On n’a pas besoin d’eau, on n’a pas besoin de nourriture, on a uniquement besoin de liberté.”

Elles disent ca, ces personnes qui ont traversé la mer sur un bateau avec au moins 400 personnes, un bateau errant dans la mer sans nourriture ni eau.

Ensuite, les migrants ont été conduit jusqu’au camp de la Croix Rouge dans des bus touristiques, et nous, les activistes nous avons été pris par la police dans des véhicules qui attendaient d’être chargés depuis ce matin. Les sirènes retentissantes, les véhicules ont formé une caravane sur le chemin de la frontière jusqu’à Vintimille, créant des embouteillages, sûrement pour montrer aux habitants que ces dangereux militants de No Borders avait enfin été vaincus.

Si vous voulez tous les détails, on s’est retrouvé au commissariat, assis par terre pendant deux heures, puisqu’il n’y avait pas de sièges. Ils nous ont dit que vu qu’on était habitué aux camps on pouvait s’asseoir par terre. C’est exactement ce qu’ils nous ont dit. On pouvait rester sur le sol.

Et pour terminer, ils nous ont accusé, et quarante neuf personnes ont été condamnées.

Il nous a été dit que l’une des sanctions que vous encourriez était un ‘ordre d’expulsion’. Est ce que vous pouvez nous en dire plus?

Foglio di via, l’ordre d’expulsion, est basé sur leur supposition que nous sommes un danger pour l’ordre public, ou encore un danger pour la société. Oui, un danger pour la société [rires]. C’est tellement offensant, puisqu’en fin de compte, on faisait simplement des travaux humanitaires. On était entrain d’aider, et de combler les lacunes des institutions de réception. Celles-ci n’étaient pas suffisantes.

Vous savez, à Vintimille, si vous croisez une personne affamée et vous lui offrez à manger, vous risquez une amende de 200 euros.

Dans tous les cas, les travaux humanitaires et politiques que nous étions entrain de faire ne pouvaient en aucun cas être assimilés à un problème d’ordre public. Finalement, nous étions également entrain de travailler sur les droits civils de tous puisque nous avons remarqué que nos droits civils, comme ceux des migrants, peuvent être en danger.

On dit toujours que les frontières peuvent être partout, et souvent elles sont représentées par un contrôle policier. Il s’agit de frontières qui se déplacent, et celles-ci sont souvent efficaces même à l’égard des citoyens européens.

Vous êtes allé à Calais, pouvez-vous décrire la situation là-bas? En quoi est-elle différente de la situation du camp de Vintimille?

Calais est une zone libre, temporaire et autonome contrôlée par les migrants, dans le Nord de la France. C’est un morceau de l’Afrique et de l’Asie (étant donné qu’il y a une large communauté afghane) qui s’est déplacé jusqu’au Nord de la France.

Ici, à Vintimille, c’était différent. Curieusement, les règles du camp étaient très différentes de celle du monde extérieur. Vivre dans ce camp, y rester pendant quelques jours ou quelques semaines, vous sépare du monde réel.

Vous savez, [une frontière] est comme un passage qui s’ouvre et se referme aléatoirement avec derrière des Hommes qui doivent s’adapter et façonner leur vie en fonction de ces changements. L’Europe se résume simplement de cette façon là.

Que s’est-il passé le 1er Octobre à la station de train de Vintimille?

Suite aux manifestations, nous avons commencé à rassembler nos affaires, à démonter les tentes. Les policiers avaient parfaitement vu ce qu’on faisait, malgré ça, un agent de police vient vers nous et dit: ‘Dans deux minutes, on vous arrête’. Il avait compris qu’on partait, il a même vu qu’on partait, et il nous quand même arrêté. Vous savez, avec des boites, une tente et un sac à couchage entre les mains, tout à coup, les Carabinieri nous surprennent par derrière et nous chargent avec leur bouclier et leurs matraques. Quatre personnes ont été atteintes à la tête, et puis tout le reste s’est enfui.

La phase du camp de frontière est terminée. Le camp est fini, mais l’activisme et la lutte pour la liberté de circulation des hommes, pour le mouvement, continue. La frontière existe encore, elle existera toujours et ils peuvent toujours nous poursuivre, comme cette nuit du 30 septembre.

Fermer les frontières est inutile, inefficace et ultra violent. Ici à Vintimille, on a tous été témoins de ça.

Une étudiante fait face aux carabinieri à la frontière franco-italienne, le 30 septembre 2015. Photo : Jacquelyn RudichUne étudiante fait face aux carabinieri à la frontière franco-italienne, le 30 septembre 2015. Photo : Jacquelyn Rudich


Natacha Bouchart. Photo : http://www.calais.fr/

Natacha Bouchart. Photo : http://www.calais.fr/

Natacha Bouchart – Maire de Calais, Sénatrice du Pas-de-Calais

Interview par Alix Burgun, Ella Carmi and Nesma Merhoum

Quel parallèle peut-on établir entre la situation de Menton et celle de Calais ?

Les migrants qui arrivent à Calais veulent absolument et exclusivement rejoindre l’Angleterre, au péril de leur vie. Au cours des quinze derniers jours, nous avons à déplorer 5 nouveaux morts – soit un mort tous les deux jours. Nous nous situons au bout d’un parcours long de beaucoup de kilomètres. C’est pour ça qu’ils sont prêts à mourir pour passer.

On a connu cet événement en 1999, lorsque des réfugiés Kosovars sont arrivés en France. Le premier ministre Jospin avait ouvert le centre temporaire de Sangatte, qui a accueilli plus de 3000 réfugiés. A la signature des Accords du Touquet [2000] le centre a été fermé. Le gouvernement britannique a accepté de prendre l’ensemble des réfugiés qui se trouvaient dans ce centre, mais en contrepartie l’Angleterre impose depuis son propre système d’ordre public sur la frontière de Calais, pour empêcher les migrants de pouvoir passer. C’est pourquoi, aujourd’hui, la British Air Force est présente avec les forces française pour contrôler la frontière et empêcher les migrants de passer le tunnel et le port.

A la fermeture de Sangatte, on a été témoins du développement des squats, c’est-à-dire des lieux insalubres allant la maison individuelle à la friche industrielle qui sont habités par 15, 50, jusqu’à 900 migrants. Il n’y a aucune arrivée d’eau, donc aucune d’hygiène, ce qui a des conséquences sur la santé publique.

Dans le volume de ces migrants, il y a personnes de bonne volonté mais aussi des personnes peu scrupuleuses qui viennent dégrader la situation et commettre des délits au niveau de la collectivité.

Par ailleurs, depuis 2012 et les Jeux Olympiques de Londres pour lesquels la France, à travers Calais, devait afficher une image irreprochable, il y a eu un laisser-aller. Ceci a permis à des groupes qu’on appelle les No Borders, des activitstes principalement étrangers, de venir manipuler les services de l’Etat.

De quel type de manipulation par les No Borders s’agit-il ?

Les No Borders sont des gens extrêmement idéalistes, qui ne font rien de leurs journées et donc qui n’ont que ça à penser. Ils organisent le trouble à l’ordre public puisqu’ils sont contres les frontières et les dispositifs qui permettent de contrôler et d’encadrer les mouvements migratoires. Chez nous, ça se traduit par des manifestations quotidiennes où ils obligent les migrants à venir manifester sur des lieux symboliques comme la mairie de Calais pendant des cérémonies de mariages.
Ils repèrent également les lieux inhabités dans les communes, ouvrent les compteurs, et organisent les squats.

On n’arrive pas à extrader ces personnes puisqu’ils ont autour d’eux des juristes très performants qui savent jusqu’où ils peuvent aller, et là on se retrouve dans les limites du droit français.

Pourtant, de notre perspective à Menton, on est en contact avec quelques militants de No Borders et on peut se demander s’ils n’apportent pas le soutien que par exemple la Croix Rouge italienne n’arrive pas à apporter

Les No Borders apportent un soutien d’abord constitué de connaissances juridiques très pointues, ce qui est important pour les migrants.

Les No Borders ne leur donnent que de mauvais conseils qui sont quelque part de bons conseils pour les car ça leur permet de ne pas être intégrés au dispositif. Ensuite ce sont eux qui les contrôlent. Ce sont leurs migrants.

Quels dispositifs aviez-vous donc mis en place depuis 2012 ?

Les choses se sont donc aggravées en juillet 2012. On est passés à 1500 migrants, ce qui est déjà un seuil difficilement gérable au niveau municipal. Nous avons eu un geste volontaire et humanitaire : pouvoir manger, se doucher dans des conditions correctes, dormir en cas de grand froid (0-5°C ressentis).

Et pourquoi pas un accueil de nuit ?

On ne peut pas mélanger l’accueil de nuit et l’accueil de jour en France, car l’espace n’est pas suffisamment grand. En plus, le gouvernement français a refusé l’accueil de nuit, considéré que ça générerait un appel d’air. Or l’appel d’air est déjà là.

En août 2014, j’ai donc mis un terrain de 15 hectares à la disposition de l’Etat pour qu’il puisse créer un accueil de nuit, pour un coût estimé a 30 millions d’euros. Cependant, le ministère a refusé. Les migrants ont été évacués, ils se sont effectivement déplacés sur ce terrain, et plutôt que d’être accueillis dans des structures temporaires puisqu’ils sont de passage, le lieu est devenu un bidonville qu’on appelle la Lande.

Mme Bouchart avec Alix Burgun, Nesma Merhoum et Ella Carmi.

Aujourd’hui, l’Etat s’est rendu compte qu’il a fait une erreur, mais le gouvernement fait tout à l’envers. Manuel Valls s’est déplacé en septembre dernier et a déclaré qu’un campement de nuit de 1500 personnes serait construit sur le terrain, qui est déjà habité par 4000 personnes.

Une situation toute aussi grave est celle des entreprises squattées comme le cas l’usine Tioxide, qui est une usine Seveso (un site a hauts risques), ce qui a entraîné l’arrêt de l’activité du groupe Huntsman. Plusieurs sociétés ont ainsi quitté Calais, ce qui génère des retombées économiques et une importante crise sociale liées à la problématique des migrants.

Face au désengagement général, j’ai donc du prendre des initiatives en gardant toujours un équilibre et une équité entre la fermeté et l’humanité.

Dans tout ce qui doit être fait, il faut toujours avoir ça en tête : c’est en faisant de la fermeté qu’on peut faire de l’humanité.

J’ai proposé donc un plan global européen qui consiste à établir, dans chaque pays d’Europe, des lieux où, sur leur chemin, les migrants puissent être accueillis et informés du fait qu’ils ne pourront pas passer à Calais, et qu’ensuite il y a d’autres pays européens où il y a d’autres dispositions, ou alors de les amener à retourner dans leur pays eux-mêmes. J’ai aussi demandé la révision (et non l’annulation) des accords du Touquet. Il faut absolument que les Britanniques revoient les conditions d’accueil : quand on arrive sur le sol britannique, on a un travail car le travail n’est pas contrôlé, on a un logement, une solde de 25 à 30 livres par semaine, ce qui représente beaucoup pour des Erythréens. C’est en ça que les migrants veulent aller à Calais.

Donc vous considérez qu’il faut ajuster les conditions d’accueil dans tous les pays européens ?

Il faut absolument ajuster, et créer les mêmes conditions dans tous les pays. C’est en Angleterre que l’appel d’air se fait, c’est bien là qu’il faut impérativement pouvoir se mobiliser. Comme le gouvernement britannique, et notamment Mr. Cameron, est assez psychorigide, il faut que le maire de Calais entre régulièrement en conflit ou fasse parfois de la provocation pour les faire réagir.

Pour le moment, qui dit quoi faire ?

C’est moi qui dis quoi faire. C’est moi qui, depuis le début, impose et amène des propositions qui, quelques mois ou un an plus tard, sont reprises par les dirigeants.

Et comment vos décisions sont-elles reçues ?

Ils sont obligés de m’écouter. Ils y sont obligés car ils n’ont pas d’idées. Mes décisions sont écoutées par le gouvernement, par l’Union Européenne et un petit peu depuis 6 mois par les Britanniques, qui ont commencé à modifier un peu leur réglementation notamment vis à vis de la lutte contre le travail illégal, c’est un point positif.

Que pensez-vous de la proposition de l’Union Européenne de créer des hotspots [ndlr : des camps de “tri” entre les migrants éligibles à l’asile et ceux qui vont être renvoyés chez eux] ? Vous n’avez pas peur que ça crée de nouveaux espaces d’exclusion à chaque frontière ?

Je pense que les hotspots sont une bonne idée. Je suis bien d’accord avec vous dans l’esprit, sauf que moi j’ai toujours dit que je préfère avoir des migrants dans un lieu adapté, que d’avoir des migrants dans ma ville, dans les jardins de mes habitants, devant les écoles. Je suis là aussi pour protéger mes citoyens, donc l’histoire de l’appel d’air est une grosse blague. Si je peux me permettre, l’appel d’air c’est bien Mme Merkel et M. Hollande et leurs déclarations irréfléchies.

On a vraiment un problème de gouvernance et de manque d’expérience, parce que nous à Calais, on a toujours deux ans d’avance sur les événements internationaux.

Il y a un an, quand on a constaté l’afflux de Syriens et d’Erythréens, etc. on a alerté le gouvernement. On m’a répondu qu’il ne fallait pas en parler, que ça allait faire peur aux

Ce que j’exige donc aujourd’hui : un campement encadré, avec des règles, avec des gens enregistrés car je veux savoir qui ils sont. C’est tout mon combat du jour, de tous les jours.

Avec toutes les implications économiques et touristiques de cette problématique, vous avez derrière un drame social qui est en train de se passer et qu’on oublie souvent. On parle beaucoup des migrants, mais on parle peu de la population calaisienne. Dans l’histoire de Calais, on a eu 2 fois la légion d’honneur, une fois l’ordre du mérite. Et je pense qu’on a encore le droit à la légion d’honneur puisque, de par ce que l’on vit, je pense que la population calaisienne est remarquable.

Justement, comment cette problématique est-elle perçue par la population de Calais ?

C’est une fatalité, c’est un phénomène très lourd psychologiquement à porter, et qui malheureusement, avec l’élection actuelle, attise certaines réactions parce que les extrêmes de droite et de gauche se saisissent du sujet et en font un sujet politique très facile, notamment le Front National.

Les gens tendent-ils vers le discours du Front National ?

Ils en ont ras-le-bol. Il faut comprendre que ce qui est vécu aujourd’hui à Menton est un épiphénomène par rapport à ce qu’on vit là-haut depuis 15 ans. On a une souffrance sociale et une souffrance psychologique à laquelle s’ajoute une souffrance visuelle puisqu’on nous a enfermé la ville avec des barrières. J’ai d’ailleurs demandé une compensation économique, en investissements dans nos projets, que j’évalue à 50 millions d’euros.

Je pense que dans tout ce drame, on peut agir au niveau législatif. Il faut d’abord une volonté forte du gouvernement, avec autant d’équité que de fermeté. On voit bien que la justice a des dysfonctionnements, ce qui fait que les forces de l’ordre, même si elles font leur travail, n’ont pas le pouvoir et les outils judiciaires pour pouvoir agir. Aujourd’hui, on a beaucoup de migrants qui se déclarent mineurs, alors qu’ils ne le sont pas, car les mineurs sont protégés. Or en France, on n’a pas le droit de pratiquer une radio osseuse sur des personnes qui se déclarent mineures et sur lesquelles on a un doute.

Cependant, comment mettre en place des dispositifs pour les calculer, sans tomber dans ce qui nous renvoie vers la logique des camps de concentration, où les gens portaient des numéros ?

C’est très délicat, parce qu’il faut qu’on fasse quelque chose, mais en même temps on est systématiquement renvoyés vers l’histoire.

D’après ce que vous dîtes, il y a une marge culturelle très importante entre les réfugiés et la population française. Si l’idée des quotas entre pays européens était appliquée, pensez-vous que leur intégration serait possible ?

Ça dépend de comment cette intégration est effectuée. Si elle est construite, si on a des plans d’accompagnement très précis, et si on en a les moyens. Je rappelle qu’aujourd’hui, ça fait deux ans qu’on dit qu’on a les moyens de rien. Il faut donc faire attention à ce qu’on dit parce que c’est le lit du Front National. C’est leur nid, c’est là ou il font leurs petits.

Je suis moi-même issue de parents d’origine arménienne et polonaise, ayant fui le génocide et la guerre, donc je sais bien ce que ça représente, une intégration. Et ce n’est pas facile. Vous avez une intégration quand il y a une facilité pour trouver des emplois, mais quand vous avez un problème de économique de fond c’est beaucoup plus compliqué a gérer. Pour cette raison, je pense que ces fameux quotas devraient aller vers des pays qui, économiquement, sont en recherche de travailleurs.

Chaque pays européen a une réponse différente. Se dirige-t-on vers le déclin de l’Union Européenne ?

Chacun est égoïste. Chacun veut bien des migrants, mais pas chez soi. C’est pour ça qu’il faut imposer une stratégie globale : un Schengen II.

Il ne faut pas avoir honte de le dire, et je pense qu’au vu de la situation migratoire, ces accords devraient être revus tous les cinq ans. On pourrait retravailler Schengen sur ces bases là : dire qu’on revient sur les frontières en attendant de travailler sur le fond pour mieux préparer les choses, parce qu’on ne peut pas continuer comme ça.

Donc il faudrait suspendre la libre circulation dans l’espace Schengen tant qu’il n’y a pas d’uniformisation des conditions d’accueil ?

C’est malheureux, mais sortir de Schengen est la seule solution. Ce serait une catastrophe économique bien entendu. Voilà pourquoi les dirigeants doivent se saisir du sujet plus en amont.


Students waving their identification at the French-Italian border, September 30th 2015. Credits: Jacquelyn Rudich

Photo © European Union 2011 PE-EP

Tom Feeley. Photo © European Union 2011 PE-EP

Tom Feely – Conseiller politique en libertés civiles, justice et affaires intérieures, à l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe

Interview par Ana Caldeira Beels

Peut-on qualifier de “légale” la tournure des événements du 30 Septembre dernier ?

Si l’on les sort du contexte de la ville frontalière, oui. La police peut choisir de bloquer une route, ou toute autre voie, pour des raisons de sécurité. Vous devez le séparer de la question humanitaire, même s’ils se sont produits en même temps. D’un point de vue humanitaire, ce qui s’est passé n’était pas “agréable” ou “bon”, mais pas illégal non plus.

Le système ne marche pas. Il est censé de fournir de la nourriture, un abri, mais il est détruit. Il n’y a pas assez d’infrastructure, de centres d’accueil, de logement.

A quoi ressembleraient des routes “ sûres et légales” vers l’Europe ?

Des centres d’accueil, par exemple en Tunisie, où les demandes seraient traitées. Par la suite, les migrants prendraient un avion ou un ferry vers l’Europe, où ils seraient accueillis en tant que réfugiés.

Les gens quittent leur pays car ils sont repoussés, car ils fuient quelque chose, pas parce qu’ils sont irrémédiablement attirés par un magnifique centre de la Croix Rouge.

Qu’en est-il d’une intervention dans la région pour “résoudre” la situation en Syrie par exemple, et éradiquer les facteurs qui poussent les gens hors de leur pays ?

Nous avons bien essayé de “résoudre” la situation en Irak et en Afganistan, et ça n’a pas trop marché. Une intervention militaire serait désastreuse.

Nous avons mis en place une le Réseau Carte Bleue européenne pour les personnes hautement qualifiées (suivant le modèle de la Carte Verte aux Etats-Unis). Nous avons besoin d’une Carte Bleue pour ceux qui sont moins qualifiés aussi.


Les voix des Mentonnais de Sciences Po :

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